Moods

La douleur de l’imparfaite

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Le corps humain torturé, Francis Bacon

Bonsoir à toutes et à tous,

Aujourd’hui j’avais envie d’écrire quelque chose de pas très drôle, mais qui me touche pas vraiment en ce moment : la douleur.

J’ai quelques soucis de santé  (que je n’ai pas très envie d’exposer ici, rien de bien grave à priori) qui m’ont fait beaucoup repenser mon rapport à la douleur, par extension mon rapport à mon corps.

J’ai pas mal souffert ces derniers temps de maux très divers : parfois anodins, parfois à la limite de l’insoutenable et je pèse mes mots.

J’ai pendant de nombreuses années ignorer ces douleurs, ces alertes que mon corps m’envoyait. Je me disais que cela n’était rien, que ce que je ressentais, ce que mon corps me renvoyait ne comptait pas, parce que mon corps ne comptait pas…Comme s’il n’était pas assez « beau » pour le prendre en compte.

C’est fou comme pendant des années, je l’ai ignoré ce corps, je l’ai détesté, parce que trop lourd, inesthétique, ne reflétant pas ma personnalité. Je l’ai d’ailleurs souvent dissocié de mon « moi », comme si c’était une enveloppe qu’il fallait traîner d’un point A à un point B.

Je suis consciente que ces mots sont durs, mais c’est vraiment ce que j’ai longtemps ressenti et ce que je ressens parfois encore. L’expression « un esprit sain dans un corps sain » m’est totalement étrangère. Je n’ai jamais été sportive et mon enfance a été très sédentaire.

Mais ces derniers temps mon corps se rappelle à moi, me fait souffrir, comme s’il m’obligeait à l’écouter et le prendre en considération. Et c’est là que ça se gâte, ça fait peur… Entendre, ressentir des choses qu’on a jamais voulu voir ou comprendre. Cela peut rendre fou, limite hypocondriaque.

Et puis, les médecins « le corps » médical… Il le traite un peu comme un bout de viande ce corps, à l’image des peintures de Bacon.  Tout ce que j’ai pu entendre de douloureux pendant des années… :

  • Vous avez mal au dos : vous êtes trop grosse, perdez du poids,
  • Mal au genou : perdez du poids,
  • Mal à la tête, le stress, la mauvaise santé : perdez du poids,
  • La péridurale : « ouh ça va être compliqué pour vous… »

Tout cela, je vous promets, je l’ai entendu, et j’ai fini par m’en convaincre : tout ça c’est ma faute bien sûr. Et puis (comme je l’ai écrit dans un article plus tôt), quand on est gros, en surpoids, enveloppé, et ben c’est de sa faute : on est faible, pas assez volontaire, pas assez motivé, n’est-ce pas ? C’est une évidence.

Aujourd’hui, j’ai juste envie de déposer ma douleur sur cette page, envie de la formuler de la crier, de la recracher … je ne veux plus m’en sentir responsable et je ne veux plus l’ignorer. Ma douleur, je veux l’entendre, la traiter, même si c’est dur, même si elle me fait peur pour une angoissée comme moi, mais elle fait partie de moi, comme ce corps, que je croyais ne plus posséder.

A tous les bien-pensants, les donneurs de leçon et aux jugeurs, je vous dis merde ! Je vous envoies ma rage à la gueule, et je vais hurler ma douleur jusqu’à ce que vous l’entendiez.

Mon corps, je le comprends si tardivement, il est à moi, je le comprends et le ressens mieux que vous. A la société, aux « pétasses » qui vous regardent de bas en haut, parce que vous n’entrez pas sans la norme, je vous dis merde, parce que je ne vous autorise pas à me juger, moi je ne vous juge pas…

A toi ma douleur, à toi mon corps, je te promets de te laisser plus de place pour mieux t’écouter, mieux te prendre en considération, et puis t’aimer un peu plus, parce que tu es là, tu me soutiens et que je ne te laisserai pas me lâcher. On va te soigner et on va te dorloter.

L’I.I

 

 

 

 

6 thoughts on “La douleur de l’imparfaite”

  1. Lâches toute la pression qui t’es nécessaire…Je crois qu’on ne peut pas empêcher les jugements, que ce soit d’un corps médical manquant cruellement d’empathie ou juste des autres. La meilleure solution est celle que tu considères : s’accepter soi, s’écouter, prendre soin de soi aussi (parce que si les hymnes à l’amour de son corps tel qu’il est sont bien jolis, il ne faut pas pour autant négliger sa santé je crois).

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  2. Que le rapport à notre corps et à notre image peut être compliqué. Suite à un corps qui me criait stop j’ai perdu 20 kg. Et bien, mon regard sur moi n’a finalement que peu changer. Le poids et l’image sont une chose, le psychique en est une autre… Courage dans cette remise en question, dans ce cheminement face à ton corps…

    Bonne journée

    Virginie

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  3. C’est idiot ce que je vais dire mais je crois qu’à un moment donné, il faut accueillir la douleur pour mieux l’apprivoiser et la soigner du mieux possible (ça me fait un peu penser à l’accouchement, les contractions font mal mais les accueillir permet de mieux les appréhender). C’est bien que tu aies eu cette prise de conscience à propos de ton corps, même tardive. Il n’est jamais trop tard pour commencer à prendre soin de soi et ne plus se maltraiter (car oui, ne pas considérer son corps est une certaine forme de maltraitance, alors que c’est ce corps qui te permet de vivre, tout simplement). Courage !

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